LE VOL DE L’ AIGLE. . .
Il est des lieux privilégiés qui se trouvent toujours , à point nommé, au moment où nos errances veulent faire une pause…
Ainsi, au sommet de cette côte, presque à mon insu, il est devenu normal, sinon familier, que je vienne goûter du repos à l’ombre de ce chêne-liège, à demi-allongé sur deux blocs de granit…
Position inconfortable, crieront certains, qu’ils se détrompent, j’y suis plus heureux qu’un roi…
Mon transat de pierre, classé mobilier d’époque, occupe sur le promontoire une position stratégique, telle celle que l’aigle affectionne pour surveiller les alentours jusqu’aux confins de l’horizon…
A moi les espaces infinis… Accueillez, je vous prie, mes pensées vagabondes, qui sans vergogne, osent imaginer ce que vous cachez à la vue du profane… Survol des pensées sous l’œil de l’aigle…
Secrets révélés ou tus, qu’importe, les affaires vues du sol n’ont pas la même importance vues du ciel…
- Hé quoi ! Plus on s ‘élève, moins lourdes seraient nos consciences ?
- Ne nous emballons pas…Tu auras au préalable pris le soin de décharger du lest… Vide ta nacelle de toutes tes impuretés…
- Dans le pur éther je pourrais voler de plus en plus haut ?
- Le pur accède au pur… Qui vas-tu berner ? Le vol ne sera jamais léger si tu traînes un boulet… !
- Ô joie ! Ineffable joie des consciences qui telles des plumes vont sans fard… Echanges, osmoses des pensées… Unions cosmiques… Fusions des essences des Etres…
- Bain des parcelles spirituelles dans le pur Esprit… !
- Las ! Ce royaume est-il à jamais perdu ?
- Enfant ! Ce n’est pas le temps des regrets, alors que tout espoir t’est permis…
- Oui, mais le Karma, parfois si lourd à porter…
- Allons… Vas-tu laisser en chemin ta valise et la voie, quand au bout t’attend la bonté infinie… ? Sais-tu qu’en une seule vie on peut racheter tout un Karma ?
- Tu me demandes rien moins que d’être parfait !
- Si tu n’y parviens pas tout de suite, sache que l’intention te sera comptée…Souviens-toi de la pesée des âmes des anciens d’Egypte…
Et ainsi de suite, les pensées se succèdent au pied du chêne-liège…
Deux pigeons viennent de se poser sur une branche… Ils roucoulent et semblent très amoureux, indifférents à ma présence…
Soyons discrets, laissons-les à leurs affaires…La vie continue…
Qu’en est-il de leurs pensées ? Font-ils des plans de carrières ?
Epargnent-ils pour leurs retraites ?
Basses contingences matérielles…alors qu’au ciel…
Voilà que je repars en méditation… ou élucubrations…
Et si je reprenais le chemin du retour… Tout en pente… Chouette !
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